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mercredi 16 avril 2014

Saint Pétersbourg


Jeudi

Après 1h15 d’attente à la douane de l’Aéroport de St Pétersbourg nous entrons enfin en Russie. On aurait pu mettre moins de temps, mais la file dans laquelle nous étions était aussi celle des membres des pays de  « l’Union commerciale Russe ». A savoir les anciens pays du bloc de l’Est. Bref, les russes et assimilés nous passent devant en agitant  sous notre nez leurs passeports. Avant goût de ce qui semble être une habitude ici : « Je-te-passe-devant-et-je-t’emmerde. » Ils ont trop fait la queue pendant des décennies, ils se rattrapent. Et puis nous les touristes on a le temps non ? D’ailleurs nous réglons nos montres + 2 heures. Il est maintenant 17h.
Le chauffeur pour notre hôtel nous attend et nous mène tambour battant à destination. Nous goutons aux joies de la conduite en Russie. Les parisiens n’ont qu’à bien se tenir. Ici, c’est sport. Et vu l’état des voitures et de certains camions, les distances de freinages doivent être dix fois plus longues que chez nous.
Nous arrivons à notre demeure. Très jolie petit hôtel meublé 19ème (pas de réception mais un beau bureau art-déco). Chambre propre et spacieuse. Très bonne impression. Après notre installation, nous nous jetons dans le bain de la rue.

Première opération : changer de l’argent. On entre dans un bureau de change (il y en a partout). Le sas de sécurité est également un sas « Spatio-temporel » puisque du 21ème siècle nous nous retrouvons en 1950. Une petite salle sombre et grise dont le dernier coup de nettoyage doit remonter au règne de Brejnev. Un câble électrique sort d’un mur, dans le vide. Un gars sans âge est assis  sur une chaise en fer, le regard dans le vide. Je repère dans un coin la caisse de change. Derrière une double (voire triple voire quadruple) vitre sécurisée, une dame coincée dans son bocal de 1m². Je lui demande « Change, Euros ? » Signe positif de la tête. Je ne comprends rien au taux de change mais bon, je suppose que c’est correct, on doit être surveillé par le KGB (le type au regard vide ?), elle n’a pas intérêt à faire une bêtise. J’ai mes premiers roubles en poche.

On attaque la Nevsky Prospekt. Le choc, l’horreur du bruit et de la pollution. Imaginez les Champs Elysées sans les contres allées arborées et avec une circulation de fou. Largeur 6 voies. Des voitures, des camions partout. Des Ladas hors d’âges côtoient des Ranges et autres Audi A8 flambantes neuves. La plupart roulent en pneu cloutés, ce qui rajoute du bruit au bruit … Du bruit, du bruit, du bruit. On sent aussi la pollution immédiatement. Quand on voit l’état de crasse de certaines voitures, on comprend pourquoi nous avons la gorge qui pique. Arrêt apéro à la terrasse d’un café. Je tente mes premiers mots en Russe. Ca marche plutôt bien. De toute façon, ici en hyper centre, tous les commerçants parlent (enfin, baragouine…) l’anglais.

« Regarde ta main ! » Je viens de poser ma main sur la table pour prendre mon verre. Elle est noire de suie. La pollution se dépose partout. On frotte la table avec une serviette en papier, je n’ai jamais vu autant de crasse !

Le soir, (enfin le soir… il fait grand jour …) recherche d’un restaurant. Le premier indiqué par le guide  après moult recherches, n’existe plus. Plan B vers   « Le chien errant » difficile à trouver lui aussi. On passe devant sans le voir, pourtant la rue n’est pas grande et  celle-ci ne possède que deux restaurants. Les noms ne correspondent pas aux dessins cyrilliques que j’ai entre les mains. Je repère sur une place (avec au fond le Musée Russe, bien entendu, un superbe palais!) 3 cerbères crânes rasés en costumes devant leurs limousines. Je m’approche pour demander si l’un d’eux parle Anglais (ou français). Un répond « little ». Je lui montre le nom du restaurant et il m’indique (en russe) la rue d’où nous venons. « spassiba », machine arrière en repassant devant le restaurant (que l’on ne voit toujours pas). Je m’approche du deuxième restaurant gardé par deux autres cerbères dont le regard avenant ferait passer un bloc de granit pour un joyeux drille. Anciens de l’armée rouge reconverti en physio à l’entrée du restaurant. Même question « Do you speak English,  Fransouz ? » Niet. La réponse est sans appel. Je lui montre néanmoins  l’adresse et il m’explique un truc (en russe) en me montrant le bout de la rue. « Spassiba » machine arrière, on va plus loin et on tombe sur un restau ambiance « pizza-fast-food-branchouille » pour ados Petersbourgois. Ici, ils doivent parler Anglais. Je demande à une serveuse qui elle-même appelle un autre serveur qui lui-même appelle… le principe des poupées russes. Tout le monde y met de la bonne volonté en rigolant (tous très sympas  ils ne sont pas garde du corps…) et ils nous montrent la rue d’où l’on vient. « Spassiba ». Machine arrière de machine arrière ou avant je sais plus et on repart vers cette satanée rue ou il n’y a que deux restaurants. Celui gardé par les menhirs et l’autre en sous sol. On regarde mieux son enseigne et finalement c’est bien celui-là. Les signes cyrilliques semblent correspondent. Ambiance étrange dans ce sous sol. Une première grande pièce vide, suivie d’une seconde ou se trouve un long bar vide. Le plafond est bas. Nous demandons à manger, on nous dirige vers une troisième salle quasi vide (4 clientes françaises d’ailleurs). Peu de tables, un bar gigantissime, 5 serveuses pour nous tous seul. Ambiance littéraire-russe, genre Montmartre.  Il est 22h, on a faim, alors on se gave. Excellent et pas cher. Nous sortons de là vers 23h, il fait grand jour. Nous rentrons à l’hôtel en coupant par des rues moins fréquentées. Nous voyons l’envers du décor. Des groupes de deux ou trois gars trainent bières et vodka à la main. Nous en verrons partout. C’est l’activité du soir. Se saouler. Les gens se baladent, du monde partout alors qu’on est « à priori » en pleine nuit. Magie des nuits blanches de St Pétersbourg. En cette période de l’année, le soleil se couche vers minuit et se lève aussitôt. Il n’y a pas de nuit noire. Au plus profond de la nuit (vers 2h du mat) il fait juste très sombre.

« C’est démoralisant ! » Ma copine lâche le mot. Depuis un petit moment, assis à la terrasse d’un café on sirote nos boissons en regardant les gens passer. Les Russes (filles) sont superbes et nombreuses. La tenue est toujours la même : Juchées sur des talons de 15 cm, des longues jambes magnifiques (talons obliges), des jupes hyper courtes, bustiers moulant, maquillées, coiffées comme pour un mariage, la démarche souple, le port droit. Sa brille, on ne voit qu’elles et elles sont légions. Et pourtant on est en semaine. Qu’est ce que ça va être samedi soir … La légende des « bombes » russe est donc vraie. Le Russe (mâle) lui, est adepte de la salle de musculation et de la coupe de cheveux façon crâne rasé.
Vendredi

Nous commençons la journée par un petit déjeuner au calme dans la verrière du restaurant afin d’éviter l’agression sonore d’une meute d’allemands du troisième âge. Ces derniers tentent de faire ce que  leur parents  n’ont pas réussit en 40, c'est-à-dire  pendre la ville. Plus de beurre, de café, prise d’otage du grille-pain. Ca mange, ça mange… mais qu’est ce que ça peut ingurgiter un vieux !! Ma copine demande à la serveuse du beurre qui se dépêche  de lui ramener un verre d’eau qu’elle lui tend avec un sourire….

Nous traversons la ville direction la Forteresse de pierre le grand. Nous passons par la place et la rue « Rossi », une perspective magnifique qui abrite l’école de Danse du Kirov. Le Théâtre Alexandra, le champ de Mars (place de 12Ha en plein centre ville !!) et direction la Neva. Sa largeur (500m) et le fait qu’à cet endroit elle soit droite, font qu’on a l’impression que c’est une véritable mer. Nous prenons un vent glacial de face pour la traversée du pont. Au loin on voit le dôme gigantesque de la mosquée.

Nous entrons sur le site de la forteresse qui fût à l’origine de la ville (1703). Des bâtiments plats en pierres rouges un peu partout et au milieu trône la Cathédrale du site. Elle n’est pas très grande mais sa pointe en or monte à 122m. C’est le point le plus haut de toute la cité. A l’intérieur de la cathédrale c’est notre premier choc.

Silence passé le premier coup d’œil puis « Ha !quand même… » Dorures, ciselage, peintures, matières précieuses, il y en a partout. De plus c’est ici que repose tous les tsars et tsarines de la famille Romanov depuis le fondateur Pierre le Grand jusqu’aux derniers. Leurs sarcophages en marbre avec leurs noms écrit en lettres d’Or sont là devant nous. C’est grandiose. Mais ce n’est rien par rapport à ce que nous verrons plus tard. En fait on y est allé crescendo sans le savoir. La visite est courte puisque la cathédrale est petite (une grosse église de chez nous). Nous allons voir ensuite la prison dans laquelle au 19ème on enfermait les révolutionnaires-terroristes qui mettaient des bombes partout contre les Tsars. A coté de chaque cellule se trouve les noms des révolutionnaires ainsi que leur histoire, qui y séjournèrent. Nous ne connaissons personne à part Trotski. Pour le reste ils doivent tous être des héros chez les soviets. Il est l’heure de manger. Sur le site se trouve un restaurant dont le Guide du Routard dit le plus grand bien. C’est le cas, par contre nous mangeons dans une salle vide… Etrange. Tout autour de nous la décoration rappelle les belles heures de la bourgeoisie du 19ème. Murs blancs, voiles bleues ciel sur les vitres, beaux lustres, maquettes de bateaux en bois. Tableaux de maîtres, glaces encadrés de sculptures dorées. On se croirait dans un conte. Manque plus que les fées et Cendrillon. !!

Ensuite on file voir Notre-Dame-du-Sang-Versé. Souffle coupé devant tant de beauté. Le Tsar qui l’a faite construire à tout simplement demandé aux meilleurs artistes Européens de faire l’œuvre de leur vie dans les matériaux les plus beaux. Léonard de Vinci aurait été là, qu’il serait venu. Les murs et les plafonds sont couverts de mosaïques multicolores. C’est hyper chargé de marbres les plus rares, d’or. Les sols sont en marqueterie. C’est indescriptible. On ressent une bouffée d’émotion (malgré la foule de touristes). Il ne manque plus que les chœurs Orthodoxes et on pleurerait comme des madeleines. On peut se poser la question sur l’impact émotionnel de ce genre de lieux sur le croyant. Parce que même non croyant, tu ressens quelque chose. Je n’irai pas jusqu’à dire que la grâce m’a touchée, mais il y a une très grosse émotion. Devant la cathédrale se pressent des limousines démesurées d’où sortent des mariés. C’est le lieu où les couples se font prendre en photos.

Marché aux souvenirs. Marché classique pour touristes. Des petites baraques remplit de babioles multicolores, souvenirs « officiels », rien d’extraordinaire si ce n’est que c’est bien pratique (et sans risques car certains objets sont interdit de sortie du pays comme le caviar et certaines sculptures) pour ramener des bêtises aux amis. Beaucoup d’objets siglés « CCCP ». Souvenir du bon vieux temps ? Ici on peut payer en roubles, dollars, euros et même en carte bleue !
 Pause Chocolat au « Café singer ». D’après le guide du Routard, le meilleur de toute la Russie (nous confirmons). Le bâtiment qui abrite ce café est extraordinaire. Une énorme bâtisse Art-déco au sein duquel se trouve une librairie Cosy à souhait. Imaginez la Fnac dans une ambiance début du 20ème dont les rayons sont en bois verni, les plafonds décorés avec de superbes lustres (photos interdites, j’ai tenté mais un cerbère est immédiatement venu « Niet Photos »). Et au milieu de tous ça trône deux grandes salle d’un salon de thé dont la déco ferait baver un antiquaire. Ici aussi une armée de « Dievoutchka » qui galopent pour nous servir. Par la baie vitrée devant nous, nous dominons l’avenue Nevsky et la cathédrale Notre dame de Kazan. Tiens, justement parlons en de Notre Dame de Kazan. C’est la copie de Saint Pierre de Rome  (en plus petit). Comme elle est en activité (une messe est d’ailleurs en cours à au moment où nous y entrons) ; l’entrée est gratuite. L’intérieur y est moins fastueux que ce que nous avons déjà vu, mais deux choses sont originales. Tous d’abord la tombe d’un maréchal héros national qui poursuivi Napoléon lors de la retraite de Russie. Sont exposés les drapeaux et fanions que ce dernier perdit alors. Ensuite, l’icône de la vierge de Kazan (d’où le nom de la cathédrale) qui d’après la légende a sauvée Saint Pétersbourg de pleins de maux. Des gens font la queue pour aller lui demander des trucs. Evidement cette icône est en Or (ils mettent de l’Or partout). Pendant ce temps la messe est en cours. Quelques cœurs Orthodoxes résonnent autours de nous (ils ont du coffre !!)

Le soir restaurant « l’idiot ». Comme celui de hier soir, il est en sous sol (on est au courant maintenant, on fait gaffe). Nous entrons dans un appartement au plafond bas avec 5 grandes pièces. Il y a un coin bibliothèque, une alcôve lecture, des bons gros fauteuils cossus. L’ambiance est feutrée, c’est un peu sombre. Les meubles toujours 19èmes. On nous installe sur un superbe canapé en cuir dans un coin salon. Nous mangerons là. Ambiance repos (on est épuisés). Vodka offerte. Et comme ils nous ont oubliés en cuisine, deuxième tournée offerte par la maison pour nous faire patienter. Repas excellent bien entendu. On a plus l’impression de passer une soirée chez des amis que d’être au restaurant. Retour à l’hôtel en coupant à travers les rues, 45 minutes. La vodka m’a mit un coup de fouet j’ai la pêche.

Depuis deux jours on remarque qu’il y a un paradoxe entre la beauté des façades, leur propreté et l’état des arrières cours. Comme pour les superbes minettes en talons et les limousines, tout est dans l’apparence. Un monde de façades brillantes, d’apparat. Les bâtiments semblent eux aussi des « Fashions-victims ». Et dès qu’on tourne au coin de la rue, qu’on lève légèrement le voile, la réalité se remet en place. J’aimerai voir un de ces appartements qui donnent sur l’arrière. Les cours sont noires, crasseuses, surement dans le même état depuis Dostoïevski…
samedi
Réveil difficile. Mal aux jambes,  j’aurais dû prendre des baskets. J’ai les pieds en feu. Des douleurs dans les mollets. Et je ne parle de ma copine… Dès que nous sortons de notre chambre nous entendons la horde germanique qui a défaut d’avoir gagner la guerre, se venge sur le buffet. Nous nous replions dans notre véranda avec deux autres couples de Français dont une femme ébahie viens de se faire subtiliser ses toasts sous ses yeux par une teutonne….
On file au Mariinsky pour chercher les places pour le spectacle du soir. On passe le long du canal principal (presque aussi large que la seine). Alternance d’immeubles magnifiques et pourris. Un bateau « poubelle » y circule. Un homme au bord du bastingage ramasse avec une épuisette les cadavres de bouteilles flottantes, héritage des beuveries de la veille. On devine au loin des coupoles de cathédrales magnifiques. On tombe sur une grande place. On est dans le St Pétersbourg  populaire. Beaucoup de monde, pause café et achat d’une bouteille d’eau qui va nous demander un bon quart d’heure, la « Babouchka » dans sa cahute ne parlant que le Russe et s’évertuant à nous dire des trucs que nous ne comprenons pas. Un balayeur vient à notre rescousse et avec le langage universel des signes, un sourire et de la bonne volonté de part et d’autre, nous arrivons à avoir notre bouteille. Donc dans le quartier personne ne parle anglais. J’arrive néanmoins à demander deux cafés en russe « Ztrasvouitié, pajasta, dva kofié ». Nous longeons un petit canal vers le Mariinsky. Un tank avec hommes armés en ville gardent un bâtiment. Nous passons devant pleins de petites passerelles dont une avec de magnifiques lions tenant les câbles de soutiens dans leurs gueules. Au Mariinsky on récupère les places et on file vers l’ermitage par une longue allée. Très  grosse fatigue. On a mal partout. Ma copine est épuisée, elle a du mal à marcher à cause des douleurs aux pieds. Passage devant l’amirauté et le sénat. A eux deux ces deux bâtiments prennent le volume et la surface du quartier Antigone à Montpellier. Nous arrivons enfin à  l’ermitage. Il est midi. On se paye deux pauvres sandwichs qui feraient passer ceux du TGV pour un repas gastronomique. Vu l’heure avancée et le fait qu’il faille être de retour pour 17h à l’hôtel (préparation pour la soirée au théâtre oblige) et qu’il faut au bas mot 1h pour rentrer à l’hôtel, on décide de limiter la visite à … ben le temps qu’on veut sans chercher à voir quoi que ce soit. On va y passer 3h de ballades en se laissant guider par nos envies. Tickets en main, après mettre fait passer devant par une mamie russe juste à mon tour (ils ont la priorité partout et l’accès gratuit), nous partons flâner dans ce qui est le plus grand et le plus fameux musée du monde. Plus grand par le nombre d’objets (2.700.000 !!) exposés sur 365 salles et sur 3 étages. Nous passons par des salles dont le faste et le luxe est hallucinant. Ma copine qui connait Versailles trouve même que ce dernier est enfoncé face à ce qu’elle voit. Tout est grand, couvert d’or, chargé des plus belles tentures, des plus beaux marbres… Malgré l’épuisement, nous allons voir les Matisses, Renoir, Monet, Van Gogh. Ma-gni-fi-ques. Il y a même un Soulage au détour d’un escalier !! Dans chaque salle, une « Babouchka »  est assise sur une chaise et surveille la pièce. Certaines somnolent. D’autres arrivent, réveillent leur amie, papotent un moment, puis la nouvelle s’installe et l’ancienne repart avec son cabas ou son sac en plastique. Il y en a aussi dans les couloirs. Ce sont peut-être des emplois réservés pour le troisième âge Pétersbourgeois ? Sûrement. Un calcul rapide permet de dire que c’est plus de 400 grands-mères qui travaillent ici !!

Pause Café/Chocolat au café Pouchkine. C’est là que le poète aurait bu son dernier chocolat avant d’aller de faire trucider dans un duel. D’ailleurs dans un coin un mannequin le représentant est attablé et regarde par la fenêtre la Nevky Prospekt. Toujours cossu, des serveurs partout mais le chocolat ne vaut pas celui du « Café Singer. »

Retour (encore quelques bornes) à l’hôtel en vitesse pour se changer pour la soirée. 45’ (un taxi nous attend) pour se pomponner. On nous annonce un trajet d’une heure qui fera en fait 10’. Il n’y avait pas d’embouteillage ce soir.

Le ballet commence par celui des limousines qui déverse des  couples en tenue de soirée : costumes sombres et robes longues sortent des carrosses aux vitres teintées portes ouvertes par leurs chauffeurs. Nous avons bien fait de nous habiller pour la circonstance. La tenue correcte n’est pas exigée (la moitié des gens sont en jean) mais il est des lieux où il est de bon ton de respecter la tradition. Nous sommes dans un des plus célèbres théâtre du monde où les tsars de Russie allaient au spectacle,  voir la troupe la plus célèbre du monde, autant jouer le jeu et se faire plaisir jusqu’au bout. Nous sommes en quelque sorte en tenue de camouflage au sein de la Jet-set locale. Il nous manque juste la limousine et le garde du corps. Le hall d’entrée est minuscule au regard de tout ce que l’on voit depuis 2 jours. Pas de déco pimpante, sobre, dans les gris clair. Nous montons à l’étage par un bel escalier en marbre, tapis rouge au sol et entrons dans la salle de réception où se trouve une exposition de vielles photos de théâtre et de vieux costumes. Au milieu de cette salle trône deux pianos à queue. 10’ avant le début du spectacle une sonnerie (un vieux dring dring semblant venir d’un téléphone de 1930). Le personnel ouvre les loges et nous entrons dans le sein des saints. Les portes seront refermées derrière nous au début du spectacle. Comment décrire ce lieu ? Tout d’abord une bouffée d’émotion. C’est tellement chargé d’histoire, qu’il doit y avoir une épaisseur d’âme particulière. Tchaïkovski tout petit y  courrait dans ces couloirs, Prokofiev, Chokatovitch, Rubinstein, tous y sont venus enfant, puis y jouer. Il n’y a pas de lieu musical plus chargé d’histoire qu’ici.  4 étages en cercle autour d’un parterre. En face de la scène la tribune impériale. Ici se sont assis les  tsars. Nous, nous sommes peut-être à l’endroit où fut un duc, un prince, va savoir. Nous sommes sur des chaises en bois qui ferait baver un antiquaire. Des lustres tout autour de nous, des dorures partout, le plafond est peint, des sculptures dans tous les sens, le lieu est déjà un spectacle. Il ne manque plus que « Sisi » fasse sont entrée. Ma copine a sa petite paire de jumelle et nous scrutons les gens qui entrent. On revit ce que devait être les manigances de la cour. Qui vient avec qui ? Qui parle avec qui ? De nos jours nous avons les journaux comme Gala ou Voici. A l’époque c’est ici que ça jasait. Ca a une autre gueule quand même. Quant au spectacle proprement dit,  on a assisté la perfection ultime. La beauté absolue. La rencontre de la grâce et de la puissance. Qu’est ce qui peut donner autant d’émotion ? Etre au sommet de l’Everest et contempler la terre ? Pas moins. Entrevoir un instant fugace ce qu’est l’absolu. Ca touche au divin. Je recherche des mots, des qualificatifs, mais y’en a pas. Comment un astronaute peut-il décrire ce qu’il ressent en voyant la terre vue du ciel ? C’est peut-être là que ce situe Dieu. C’est d’autant plus difficile à décrire à quelqu’un qui ne la pas ressentit. Comment un aveugle peut-il ressentir les émotions dus à une explosion de couleurs ? Tu n’as rien d’autre à faire que de laisser ton émotion te submerger et pleurer. C’est tout. Dès la fin nous ne trainons pas et filons vers le restaurant « Backstage » accolé au théâtre. Le ballet des limousines recommence dans l’autre sens. C’est le lieu de rendez-vous  des artistes et de la jet-set après le spectacle. Comme nous n’avons pas réservé, je veux arriver avant la foule pour avoir une place. Pas de problème. Ici l’ambiance est chic. Nous somme dans un restaurant gastronomique. Costumes et cigares. Décoration faite de signatures d’artistes, de chaussons de ballet. Serveurs aux ordres, on continu à se prendre pour un prince et une princesse,  et pourtant les prix sont plus qu’honnêtes. On mange un repas royal tant par la qualité de la présentation que des saveurs pour le prix d’une salade repas quelconque à Montpellier.

Nous commandons un taxi pour rentrer à l’Hôtel. L’occasion de parler des Taxis. Ici, ils n’ont pas de compteurs. Le prix est à la course (entre 15 et 20€ suivant le trajet et le faciès du client). Donc ils foncent. Brulent les feux rouges et conduisent (le notre en tous cas) avec deux portables à la main dont un collé à l’oreille… Faut avoir confiance (bon en même temps le véhicule était un gros 4X4 Volvo, en cas d’impact je préfère çà à une vieille Lada). Je comprend le guide du Routard qui disait qu’il ne fallait pas louer de voiture en Russie à cause de la conduite des russes pour le moins … comment dire … personnelle !
Dimanche
Le taxi pour l’aéroport nous attend à 13h35 (pour un décollage à 17h05…). Il nous reste une matinée. Nous sommes physiquement au bout du rouleau. Nous n’avons  plus le courage de rien. Plus de visite aujourd’hui. Nous prenons le métro  direction le marché aux souvenirs pour terminer les achats. Le fameux métro. On entre dans la station « Dostoevskaia » et nous prenons deux jetons pour passer les tourniquets d’accès. (J’arrive à les demander en Russe sans erreurs. Youpi !) Dans la salle des guichets, patrouille un militaire (armé). Puis de chaque coté des tourniquets  deux gardes surveillent les gens qui mettent leurs jetons. Rien qu’à leurs têtes l’idée de resquiller ne te traverse pas l’esprit. Ici, tout le monde paye. Des escalators interminables nous descendent à 100 mètres de profondeurs.  Nous n’avons pas vu les plus belles stations, mais celles que nous avons traversées sont superbes. Colonnes en marbres, larges propres, c’est très beau (pour un métro j’entends). Au bout de chaque escalator se trouve une petite guérite avec un employé qui somnole (il cuve sa vodka ?). Son travail ? Ben je l’ignore, surveillance je suppose. Un peu comme les mamies de l’Ermitage ? (Retour à fond on arrive pile à 13h35 à l’hôtel). Timing parfait. Mais pourquoi partir si tôt ? Parce qu’arrivée à l’aéroport vers 14h, nous nous mettons dans la première queue qui commence à l’EXTERIEUR de l’aéroport. 1er contrôle scannage des bagages et passage dans le portique « bippeur ». Puis, deuxième fille pour contrôle du passeport, du billet avec question ou allez vous ?quel destination ?, quelle compagnie ? Devant moi se trouve un Asiatique avec un passeport de la Corée du Nord. Rare ! On fait encore la queue pour enregistrer nos bagages (là c’est normal), puis encore la queue pour le contrôle des passeports mais cette fois-ci par la douane. Enfin nous passons en zone « internationale »… La preuve ? Le seul restau de l’étage est typé ricain avec toute l’iconographie de base et notre premier repas hors de Russie seras des hamburgers. Bon retour à l’ouest ! Un dernier contrôle pour accéder à la salle d’embarquement avec scan des bagages et du corps. On enlève ceintures, bijoux, chaussures, ça ne rigole pas. Surtout quand le douanier me demande ce que c’est que ma clef USB….

Le retour vers Marseille seras un retour dans les règles de l’art des Marseillais : 2heures de retards puis avion bloqué (pas longtemps mais quand même…) sur le tarmac à Marseille à l’arrivée : Ils ne nous attendaient pas, personne n’était prévu pour accueillir l’avion !