Jeudi
Après 1h15 d’attente à la douane de
l’Aéroport de St Pétersbourg nous entrons enfin en Russie. On aurait pu mettre
moins de temps, mais la file dans laquelle nous étions était aussi celle des
membres des pays de « l’Union commerciale Russe ». A savoir
les anciens pays du bloc de l’Est. Bref, les russes et assimilés nous passent
devant en agitant sous notre nez leurs
passeports. Avant goût de ce qui semble être une habitude
ici : « Je-te-passe-devant-et-je-t’emmerde. »
Ils ont trop fait la queue pendant des décennies, ils se rattrapent. Et puis
nous les touristes on a le temps non ? D’ailleurs nous réglons nos montres
+ 2 heures. Il est maintenant 17h.
Le chauffeur pour notre hôtel nous
attend et nous mène tambour battant à destination. Nous goutons aux joies de la
conduite en Russie. Les parisiens n’ont qu’à bien se tenir. Ici, c’est sport.
Et vu l’état des voitures et de certains camions, les distances de freinages
doivent être dix fois plus longues que chez nous.Nous arrivons à notre demeure. Très jolie petit hôtel meublé 19ème (pas de réception mais un beau bureau art-déco). Chambre propre et spacieuse. Très bonne impression. Après notre installation, nous nous jetons dans le bain de la rue.
Première opération : changer de l’argent. On entre dans un bureau de change (il y en a partout). Le sas de sécurité est également un sas « Spatio-temporel » puisque du 21ème siècle nous nous retrouvons en 1950. Une petite salle sombre et grise dont le dernier coup de nettoyage doit remonter au règne de Brejnev. Un câble électrique sort d’un mur, dans le vide. Un gars sans âge est assis sur une chaise en fer, le regard dans le vide. Je repère dans un coin la caisse de change. Derrière une double (voire triple voire quadruple) vitre sécurisée, une dame coincée dans son bocal de 1m². Je lui demande « Change, Euros ? » Signe positif de la tête. Je ne comprends rien au taux de change mais bon, je suppose que c’est correct, on doit être surveillé par le KGB (le type au regard vide ?), elle n’a pas intérêt à faire une bêtise. J’ai mes premiers roubles en poche.
On attaque la Nevsky Prospekt. Le
choc, l’horreur du bruit et de la pollution. Imaginez les Champs Elysées sans
les contres allées arborées et avec une circulation de fou. Largeur 6 voies.
Des voitures, des camions partout. Des Ladas hors d’âges côtoient des Ranges et
autres Audi A8 flambantes neuves. La plupart roulent en pneu cloutés, ce qui
rajoute du bruit au bruit … Du bruit, du bruit, du bruit. On sent aussi la
pollution immédiatement. Quand on voit l’état de crasse de certaines voitures,
on comprend pourquoi nous avons la gorge qui pique. Arrêt apéro à la terrasse
d’un café. Je tente mes premiers mots en Russe. Ca marche plutôt bien. De toute
façon, ici en hyper centre, tous les commerçants parlent (enfin, baragouine…) l’anglais.
« Regarde ta main ! » Je viens de poser ma main sur la
table pour prendre mon verre. Elle est noire de suie. La pollution se dépose
partout. On frotte la table avec une serviette en papier, je n’ai jamais vu
autant de crasse !
Le soir, (enfin le soir… il fait grand jour …) recherche d’un restaurant. Le
premier indiqué par le guide après moult
recherches, n’existe plus. Plan B vers « Le chien errant » difficile à trouver lui aussi. On passe
devant sans le voir, pourtant la rue n’est pas grande et celle-ci ne possède que deux restaurants. Les
noms ne correspondent pas aux dessins cyrilliques que j’ai entre les mains. Je
repère sur une place (avec au fond le
Musée Russe, bien entendu, un superbe palais!) 3 cerbères crânes rasés en
costumes devant leurs limousines. Je m’approche pour demander si l’un d’eux
parle Anglais (ou français). Un
répond « little ». Je lui
montre le nom du restaurant et il m’indique (en russe) la rue d’où nous venons. « spassiba », machine arrière en repassant devant le restaurant
(que l’on ne voit toujours pas). Je
m’approche du deuxième restaurant gardé par deux autres cerbères dont le regard
avenant ferait passer un bloc de granit pour un joyeux drille. Anciens de
l’armée rouge reconverti en physio à l’entrée du restaurant. Même question
« Do you speak English, Fransouz ? » Niet. La
réponse est sans appel. Je lui montre néanmoins
l’adresse et il m’explique un truc (en
russe) en me montrant le bout de la rue. « Spassiba » machine arrière, on va plus loin et on tombe sur un
restau ambiance « pizza-fast-food-branchouille »
pour ados Petersbourgois. Ici, ils doivent parler Anglais. Je demande à une
serveuse qui elle-même appelle un autre serveur qui lui-même appelle… le
principe des poupées russes. Tout le monde y met de la bonne volonté en
rigolant (tous très sympas ils ne sont pas garde du corps…) et ils
nous montrent la rue d’où l’on vient. « Spassiba ». Machine arrière de machine arrière ou avant je
sais plus et on repart vers cette satanée rue ou il n’y a que deux restaurants.
Celui gardé par les menhirs et l’autre en sous sol. On regarde mieux son
enseigne et finalement c’est bien celui-là. Les signes cyrilliques semblent
correspondent. Ambiance étrange dans ce sous sol. Une première grande pièce
vide, suivie d’une seconde ou se trouve un long bar vide. Le plafond est bas.
Nous demandons à manger, on nous dirige vers une troisième salle quasi vide (4 clientes françaises d’ailleurs). Peu
de tables, un bar gigantissime, 5 serveuses pour nous tous seul. Ambiance littéraire-russe,
genre Montmartre. Il est 22h, on a faim,
alors on se gave. Excellent et pas cher. Nous sortons de là vers 23h, il fait
grand jour. Nous rentrons à l’hôtel en coupant par des rues moins fréquentées. Nous
voyons l’envers du décor. Des groupes de deux ou trois gars trainent bières et
vodka à la main. Nous en verrons partout. C’est l’activité du soir. Se saouler.
Les gens se baladent, du monde partout alors qu’on est « à priori » en pleine nuit. Magie
des nuits blanches de St Pétersbourg. En cette période de l’année, le soleil se
couche vers minuit et se lève aussitôt. Il n’y a pas de nuit noire. Au plus
profond de la nuit (vers 2h du mat)
il fait juste très sombre.
« C’est démoralisant ! » Ma copine lâche le mot. Depuis un
petit moment, assis à la terrasse d’un café on sirote nos boissons en regardant
les gens passer. Les Russes (filles)
sont superbes et nombreuses. La tenue est toujours la même : Juchées sur
des talons de 15 cm, des longues jambes magnifiques (talons obliges), des jupes hyper courtes, bustiers moulant,
maquillées, coiffées comme pour un mariage, la démarche souple, le port droit.
Sa brille, on ne voit qu’elles et elles sont légions. Et pourtant on est en
semaine. Qu’est ce que ça va être samedi soir … La légende des « bombes » russe est donc vraie. Le
Russe (mâle) lui, est adepte de la
salle de musculation et de la coupe de cheveux façon crâne rasé.
Vendredi
Nous commençons la journée par un
petit déjeuner au calme dans la verrière du restaurant afin d’éviter
l’agression sonore d’une meute d’allemands du troisième âge. Ces derniers
tentent de faire ce que leur
parents n’ont pas réussit en 40,
c'est-à-dire pendre la ville. Plus de
beurre, de café, prise d’otage du grille-pain. Ca mange, ça mange… mais qu’est
ce que ça peut ingurgiter un vieux !! Ma copine demande à la serveuse du
beurre qui se dépêche de lui ramener un
verre d’eau qu’elle lui tend avec un sourire….
Nous traversons la ville direction la
Forteresse de pierre le grand. Nous passons par la place et la rue
« Rossi », une perspective magnifique qui abrite l’école de Danse du
Kirov. Le Théâtre Alexandra, le champ de Mars (place de 12Ha en plein centre ville !!) et direction la Neva.
Sa largeur (500m) et le fait qu’à cet
endroit elle soit droite, font qu’on a l’impression que c’est une véritable
mer. Nous prenons un vent glacial de face pour la traversée du pont. Au loin on
voit le dôme gigantesque de la mosquée.
Nous entrons sur le site de la
forteresse qui fût à l’origine de la ville (1703).
Des bâtiments plats en pierres rouges un peu partout et au milieu trône la
Cathédrale du site. Elle n’est pas très grande mais sa pointe en or monte à
122m. C’est le point le plus haut de toute la cité. A l’intérieur de la
cathédrale c’est notre premier choc.
Silence passé le premier coup d’œil
puis « Ha !quand même… »
Dorures, ciselage, peintures, matières précieuses, il y en a partout. De plus
c’est ici que repose tous les tsars et tsarines de la famille Romanov depuis le
fondateur Pierre le Grand jusqu’aux derniers. Leurs sarcophages en marbre avec
leurs noms écrit en lettres d’Or sont là devant nous. C’est grandiose. Mais ce
n’est rien par rapport à ce que nous verrons plus tard. En fait on y est allé
crescendo sans le savoir. La visite est courte puisque la cathédrale est petite
(une grosse église de chez nous).
Nous allons voir ensuite la prison dans laquelle au 19ème on
enfermait les révolutionnaires-terroristes qui mettaient des bombes partout
contre les Tsars. A coté de chaque cellule se trouve les noms des révolutionnaires
ainsi que leur histoire, qui y séjournèrent. Nous ne connaissons personne à
part Trotski. Pour le reste ils doivent tous être des héros chez les soviets.
Il est l’heure de manger. Sur le site se trouve un restaurant dont le Guide du
Routard dit le plus grand bien. C’est le cas, par contre nous mangeons dans une
salle vide… Etrange. Tout autour de nous la décoration rappelle les belles
heures de la bourgeoisie du 19ème. Murs blancs, voiles bleues ciel sur les
vitres, beaux lustres, maquettes de bateaux en bois. Tableaux de maîtres,
glaces encadrés de sculptures dorées. On se croirait dans un conte. Manque plus
que les fées et Cendrillon. !!
Ensuite on file voir
Notre-Dame-du-Sang-Versé. Souffle coupé devant tant de beauté. Le Tsar qui l’a
faite construire à tout simplement demandé aux meilleurs artistes Européens de
faire l’œuvre de leur vie dans les matériaux les plus beaux. Léonard de Vinci
aurait été là, qu’il serait venu. Les murs et les plafonds sont couverts de
mosaïques multicolores. C’est hyper chargé de marbres les plus rares, d’or. Les
sols sont en marqueterie. C’est indescriptible. On ressent une bouffée
d’émotion (malgré la foule de touristes).
Il ne manque plus que les chœurs Orthodoxes et on pleurerait comme des
madeleines. On peut se poser la question sur l’impact émotionnel de ce genre de
lieux sur le croyant. Parce que même non croyant, tu ressens quelque chose. Je
n’irai pas jusqu’à dire que la grâce m’a touchée, mais il y a une très grosse
émotion. Devant la cathédrale se pressent des limousines démesurées d’où sortent
des mariés. C’est le lieu où les couples se font prendre en photos.
Marché aux souvenirs. Marché
classique pour touristes. Des petites baraques remplit de babioles
multicolores, souvenirs « officiels »,
rien d’extraordinaire si ce n’est que c’est bien pratique (et sans risques car certains objets sont interdit de sortie du pays
comme le caviar et certaines sculptures) pour ramener des bêtises aux amis.
Beaucoup d’objets siglés « CCCP ».
Souvenir du bon vieux temps ? Ici on peut payer en roubles, dollars, euros
et même en carte bleue !
Pause Chocolat au « Café singer ». D’après le guide du Routard, le meilleur de
toute la Russie (nous confirmons). Le
bâtiment qui abrite ce café est extraordinaire. Une énorme bâtisse Art-déco au
sein duquel se trouve une librairie Cosy à souhait. Imaginez la Fnac dans une
ambiance début du 20ème dont les rayons sont en bois verni, les plafonds
décorés avec de superbes lustres (photos
interdites, j’ai tenté mais un cerbère est immédiatement venu « Niet Photos »).
Et au milieu de tous ça trône deux grandes salle d’un salon de thé dont la déco
ferait baver un antiquaire. Ici aussi une armée de « Dievoutchka » qui galopent pour nous servir. Par la baie
vitrée devant nous, nous dominons l’avenue Nevsky et la cathédrale Notre dame de
Kazan. Tiens, justement parlons en de Notre Dame de Kazan. C’est la copie de
Saint Pierre de Rome (en plus petit). Comme elle est en
activité (une messe est d’ailleurs en
cours à au moment où nous y entrons) ; l’entrée est gratuite.
L’intérieur y est moins fastueux que ce que nous avons déjà vu, mais deux
choses sont originales. Tous d’abord la tombe d’un maréchal héros national qui
poursuivi Napoléon lors de la retraite de Russie. Sont exposés les drapeaux et
fanions que ce dernier perdit alors. Ensuite, l’icône de la vierge de Kazan (d’où le nom de la cathédrale) qui
d’après la légende a sauvée Saint Pétersbourg de pleins de maux. Des gens font
la queue pour aller lui demander des trucs. Evidement cette icône est en Or (ils mettent de l’Or partout). Pendant ce
temps la messe est en cours. Quelques cœurs Orthodoxes résonnent autours de
nous (ils ont du coffre !!)
Le soir restaurant « l’idiot ». Comme celui de hier
soir, il est en sous sol (on est au
courant maintenant, on fait gaffe). Nous entrons dans un appartement au
plafond bas avec 5 grandes pièces. Il y a un coin bibliothèque, une alcôve
lecture, des bons gros fauteuils cossus. L’ambiance est feutrée, c’est un peu
sombre. Les meubles toujours 19èmes. On nous installe sur un superbe canapé en cuir dans
un coin salon. Nous mangerons là. Ambiance repos (on est épuisés). Vodka offerte. Et comme ils nous ont oubliés en
cuisine, deuxième tournée offerte par la maison pour nous faire patienter.
Repas excellent bien entendu. On a plus l’impression de passer une soirée chez
des amis que d’être au restaurant. Retour à l’hôtel en coupant à travers les
rues, 45 minutes. La vodka m’a mit un coup de fouet j’ai la pêche.
Depuis deux jours on remarque qu’il y
a un paradoxe entre la beauté des façades, leur propreté et l’état des arrières
cours. Comme pour les superbes minettes en talons et les limousines, tout est
dans l’apparence. Un monde de façades brillantes, d’apparat. Les bâtiments semblent
eux aussi des « Fashions-victims ».
Et dès qu’on tourne au coin de la rue, qu’on lève légèrement le voile, la
réalité se remet en place. J’aimerai voir un de ces appartements qui donnent
sur l’arrière. Les cours sont noires, crasseuses, surement dans le même état
depuis Dostoïevski…
samedi
Réveil difficile. Mal aux
jambes, j’aurais dû prendre des baskets.
J’ai les pieds en feu. Des douleurs dans les mollets. Et je ne parle de ma
copine… Dès que nous sortons de notre chambre nous entendons la horde
germanique qui a défaut d’avoir gagner la guerre, se venge sur le buffet. Nous
nous replions dans notre véranda avec deux autres couples de Français dont une
femme ébahie viens de se faire subtiliser ses toasts sous ses yeux par une
teutonne….
On file au Mariinsky pour chercher
les places pour le spectacle du soir. On passe le long du canal principal (presque aussi large que la seine).
Alternance d’immeubles magnifiques et pourris. Un bateau « poubelle » y circule. Un homme au
bord du bastingage ramasse avec une épuisette les cadavres de bouteilles
flottantes, héritage des beuveries de la veille. On devine au loin des coupoles
de cathédrales magnifiques. On tombe sur une grande place. On est dans le St
Pétersbourg populaire. Beaucoup de
monde, pause café et achat d’une bouteille d’eau qui va nous demander un bon
quart d’heure, la « Babouchka »
dans sa cahute ne parlant que le Russe et s’évertuant à nous dire des trucs que
nous ne comprenons pas. Un balayeur vient à notre rescousse et avec le langage
universel des signes, un sourire et de la bonne volonté de part et d’autre,
nous arrivons à avoir notre bouteille. Donc dans le quartier personne ne parle
anglais. J’arrive néanmoins à demander deux cafés en russe « Ztrasvouitié, pajasta, dva kofié ».
Nous longeons un petit canal vers le Mariinsky. Un tank avec hommes armés en
ville gardent un bâtiment. Nous passons devant pleins de petites passerelles
dont une avec de magnifiques lions tenant les câbles de soutiens dans leurs
gueules. Au Mariinsky on récupère les places et on file vers l’ermitage par une
longue allée. Très grosse fatigue. On a
mal partout. Ma copine est épuisée, elle a du mal à marcher à cause des
douleurs aux pieds. Passage devant l’amirauté et le sénat. A eux deux ces deux
bâtiments prennent le volume et la surface du quartier Antigone à Montpellier.
Nous arrivons enfin à l’ermitage. Il est
midi. On se paye deux pauvres sandwichs qui feraient passer ceux du TGV pour un
repas gastronomique. Vu l’heure avancée et le fait qu’il faille être de retour
pour 17h à l’hôtel (préparation pour la
soirée au théâtre oblige) et qu’il faut au bas mot 1h pour rentrer à
l’hôtel, on décide de limiter la visite à … ben le temps qu’on veut sans
chercher à voir quoi que ce soit. On va y passer 3h de ballades en se laissant
guider par nos envies. Tickets en main, après mettre fait passer devant par une
mamie russe juste à mon tour (ils ont la
priorité partout et l’accès gratuit), nous partons flâner dans ce qui est
le plus grand et le plus fameux musée du monde. Plus grand par le nombre
d’objets (2.700.000 !!) exposés
sur 365 salles et sur 3 étages. Nous passons par des salles dont le faste et le
luxe est hallucinant. Ma copine qui connait Versailles trouve même que ce
dernier est enfoncé face à ce qu’elle voit. Tout est grand, couvert d’or,
chargé des plus belles tentures, des plus beaux marbres… Malgré l’épuisement,
nous allons voir les Matisses, Renoir, Monet, Van Gogh. Ma-gni-fi-ques. Il y a
même un Soulage au détour d’un escalier !! Dans chaque salle, une « Babouchka » est assise sur une chaise et surveille la
pièce. Certaines somnolent. D’autres arrivent, réveillent leur amie, papotent
un moment, puis la nouvelle s’installe et l’ancienne repart avec son cabas ou
son sac en plastique. Il y en a aussi dans les couloirs. Ce sont peut-être des
emplois réservés pour le troisième âge Pétersbourgeois ? Sûrement. Un
calcul rapide permet de dire que c’est plus de 400 grands-mères qui travaillent
ici !!
Pause Café/Chocolat au café Pouchkine.
C’est là que le poète aurait bu son dernier chocolat avant d’aller de faire
trucider dans un duel. D’ailleurs dans un coin un mannequin le représentant est
attablé et regarde par la fenêtre la Nevky Prospekt. Toujours cossu, des
serveurs partout mais le chocolat ne vaut pas celui du « Café Singer. »
Retour (encore quelques bornes) à l’hôtel en vitesse pour se changer pour
la soirée. 45’ (un taxi nous attend)
pour se pomponner. On nous annonce un trajet d’une heure qui fera en fait 10’.
Il n’y avait pas d’embouteillage ce soir.
Le ballet commence par celui des
limousines qui déverse des couples en
tenue de soirée : costumes sombres et robes longues sortent des carrosses
aux vitres teintées portes ouvertes par leurs chauffeurs. Nous avons bien fait
de nous habiller pour la circonstance. La tenue correcte n’est pas exigée (la moitié des gens sont en jean) mais il
est des lieux où il est de bon ton de respecter la tradition. Nous sommes dans
un des plus célèbres théâtre du monde où les tsars de Russie allaient au
spectacle, voir la troupe la plus
célèbre du monde, autant jouer le jeu et se faire plaisir jusqu’au bout. Nous
sommes en quelque sorte en tenue de camouflage au sein de la Jet-set locale. Il
nous manque juste la limousine et le garde du corps. Le hall d’entrée est
minuscule au regard de tout ce que l’on voit depuis 2 jours. Pas de déco
pimpante, sobre, dans les gris clair. Nous montons à l’étage par un bel
escalier en marbre, tapis rouge au sol et entrons dans la salle de réception où
se trouve une exposition de vielles photos de théâtre et de vieux costumes. Au
milieu de cette salle trône deux pianos à queue. 10’ avant le début du
spectacle une sonnerie (un vieux dring
dring semblant venir d’un téléphone de 1930). Le personnel ouvre les loges
et nous entrons dans le sein des saints. Les portes seront refermées derrière
nous au début du spectacle. Comment décrire ce lieu ? Tout d’abord une bouffée
d’émotion. C’est tellement chargé d’histoire, qu’il doit y avoir une épaisseur
d’âme particulière. Tchaïkovski tout petit y courrait dans ces couloirs, Prokofiev, Chokatovitch,
Rubinstein, tous y sont venus enfant, puis y jouer. Il n’y a pas de lieu
musical plus chargé d’histoire qu’ici. 4
étages en cercle autour d’un parterre. En face de la scène la tribune
impériale. Ici se sont assis les tsars.
Nous, nous sommes peut-être à l’endroit où fut un duc, un prince, va savoir.
Nous sommes sur des chaises en bois qui ferait baver un antiquaire. Des lustres
tout autour de nous, des dorures partout, le plafond est peint, des sculptures
dans tous les sens, le lieu est déjà un spectacle. Il ne manque plus que « Sisi » fasse sont entrée. Ma copine
a sa petite paire de jumelle et nous scrutons les gens qui entrent. On revit ce
que devait être les manigances de la cour. Qui vient avec qui ? Qui parle
avec qui ? De nos jours nous avons les journaux comme Gala ou Voici. A
l’époque c’est ici que ça jasait. Ca a une autre gueule quand même. Quant au spectacle
proprement dit, on a assisté la
perfection ultime. La beauté absolue. La rencontre de la grâce et de la
puissance. Qu’est ce qui peut donner autant d’émotion ? Etre au sommet de
l’Everest et contempler la terre ? Pas moins. Entrevoir un instant fugace
ce qu’est l’absolu. Ca touche au divin. Je recherche des mots, des qualificatifs,
mais y’en a pas. Comment un astronaute peut-il décrire ce qu’il ressent en
voyant la terre vue du ciel ? C’est peut-être là que ce situe Dieu. C’est
d’autant plus difficile à décrire à quelqu’un qui ne la pas ressentit. Comment
un aveugle peut-il ressentir les émotions dus à une explosion de
couleurs ? Tu n’as rien d’autre à faire que de laisser ton émotion te
submerger et pleurer. C’est tout. Dès la fin nous ne trainons pas et filons
vers le restaurant « Backstage »
accolé au théâtre. Le ballet des limousines recommence dans l’autre sens. C’est
le lieu de rendez-vous des artistes et
de la jet-set après le spectacle. Comme nous n’avons pas réservé, je veux
arriver avant la foule pour avoir une place. Pas de problème. Ici l’ambiance
est chic. Nous somme dans un restaurant gastronomique. Costumes et cigares.
Décoration faite de signatures d’artistes, de chaussons de ballet. Serveurs aux
ordres, on continu à se prendre pour un prince et une princesse, et pourtant
les prix sont plus qu’honnêtes. On mange un repas royal tant par la qualité de
la présentation que des saveurs pour le prix d’une salade repas quelconque à
Montpellier.
Nous commandons un taxi pour rentrer
à l’Hôtel. L’occasion de parler des Taxis. Ici, ils n’ont pas de compteurs. Le
prix est à la course (entre 15 et 20€
suivant le trajet et le faciès du client). Donc ils foncent. Brulent les
feux rouges et conduisent (le notre en
tous cas) avec deux portables à la main dont un collé à l’oreille… Faut
avoir confiance (bon en même temps le
véhicule était un gros 4X4 Volvo, en cas d’impact je préfère çà à une vieille
Lada). Je comprend le guide du Routard qui disait qu’il ne fallait pas
louer de voiture en Russie à cause de la conduite des russes pour le moins …
comment dire … personnelle !
Dimanche
Le taxi pour l’aéroport nous attend à
13h35 (pour un décollage à 17h05…).
Il nous reste une matinée. Nous sommes physiquement au bout du rouleau. Nous
n’avons plus le courage de rien. Plus de
visite aujourd’hui. Nous prenons le métro
direction le marché aux souvenirs pour terminer les achats. Le fameux
métro. On entre dans la station « Dostoevskaia »
et nous prenons deux jetons pour passer les tourniquets d’accès. (J’arrive à les demander en Russe sans
erreurs. Youpi !) Dans la salle des guichets, patrouille un militaire
(armé). Puis de chaque coté des
tourniquets deux gardes surveillent les
gens qui mettent leurs jetons. Rien qu’à leurs têtes l’idée de resquiller ne te
traverse pas l’esprit. Ici, tout le monde paye. Des escalators interminables
nous descendent à 100 mètres de profondeurs. Nous n’avons pas vu les plus belles stations,
mais celles que nous avons traversées sont superbes. Colonnes en marbres,
larges propres, c’est très beau (pour un
métro j’entends). Au bout de chaque escalator se trouve une petite guérite
avec un employé qui somnole (il cuve sa
vodka ?). Son travail ? Ben je l’ignore, surveillance je suppose.
Un peu comme les mamies de l’Ermitage ? (Retour à fond on arrive pile à 13h35 à l’hôtel). Timing parfait.
Mais pourquoi partir si tôt ? Parce qu’arrivée à l’aéroport vers 14h, nous
nous mettons dans la première queue qui commence à l’EXTERIEUR de l’aéroport. 1er
contrôle scannage des bagages et passage dans le portique « bippeur ». Puis, deuxième fille
pour contrôle du passeport, du billet avec question ou allez vous ?quel
destination ?, quelle compagnie ? Devant moi se trouve un Asiatique
avec un passeport de la Corée du Nord. Rare ! On fait encore la queue pour
enregistrer nos bagages (là c’est normal),
puis encore la queue pour le contrôle des passeports mais cette fois-ci par la
douane. Enfin nous passons en zone « internationale »…
La preuve ? Le seul restau de l’étage est typé ricain avec toute
l’iconographie de base et notre premier repas hors de Russie seras des
hamburgers. Bon retour à l’ouest ! Un dernier contrôle pour accéder à la
salle d’embarquement avec scan des bagages et du corps. On enlève ceintures,
bijoux, chaussures, ça ne rigole pas. Surtout quand le douanier me demande ce
que c’est que ma clef USB….
Le retour vers Marseille seras un
retour dans les règles de l’art des Marseillais : 2heures de retards puis
avion bloqué (pas longtemps mais quand
même…) sur le tarmac à Marseille à l’arrivée : Ils ne nous attendaient
pas, personne n’était prévu pour accueillir l’avion !
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