« Même pas je veux voir çà ! » « _Quoi ? » « _Regarde, les vagues passent au-dessus du bateau ! »
A travers les hublots du vaporetto, on devine des vagues qui passent au dessus de nous. Ca remue dans tous les sens. Il est 15h15 et on est en route pour l’aéroport. Il pleut, la brume est partout, il y a du vent, la lagune se prend pour un océan. J’ai presque le mal de mer. Sur les sièges devant nous deux Vénitienne jouent sur leur Iphone. Quelques touristes comme nous, bonnets enfoncées sur la tête, bagage entre les jambes, des personnes agées, des ouvriers, on reconnait les locaux à leurs bottes en caoutchouc façon marin pêcheur breton et les touristes (comme nous) à leur allure trempés jusqu’au os et mort de froid.
Trempés jusqu’au os parce qu’il a fallut rallier le quai depuis l’hôtel sous une pluie battante, les pieds dans l’eau (la marée est montante, il y en a pour 6h) par les petites rues non touristiques et du coup pas équipées des fameuses planches, sorte de trottoirs amovibles qui font la célébrité de Venise. Ces trottoirs de fortunes installés partout et que tout le monde utilise à la moindre grosse pluie agrémentée de marée. Pas besoin des « Alta Aqua » (grande marée chez nous) pour être noyé. Ici, la conjonction d’une forte pluie et d’une marée normale, c’est entre 5 et 10 cm d’eau partout. La ville est inondée 200 jours par an….
Il pleut sans discontinuer depuis hier soir. Les vendeurs à la sauvette ont un sens de l’adaptation incroyable. Ils proposent instantanément des parapluies à la place des « faux » sacs Vuitton!!
Venise est un labyrinthe. Le jeu est de s’y perdre. Pour aller d’un point A au point B, le plus simple est de garder le plan dans sa poche et d’y aller au pif. On tourne, on tombe dans des impasses, on découvre des lieux incroyables. C’est fascinant. Tout est délabré, pourri par l’iode, les attaques des embruns, la mer. Je pense souvent au roman de Julien Gracq. « Le rivage des Syrthes ». Accentué par le temps gris et humide, c’est presque une vision de fin du monde par endroit.
Au détour d’une rue, j’aperçois une superbe façade d’église. Nous y entrons. Le choc ! L’émotion qui te prend alors que tu ne t’y attends pas. Sublime ! C’est la seule église Jésuite de Venise. Ce que l’on croit être de la tapisserie sur les colonnes et les murs est en fait de la marquetterie en marbre!!
Direction le vieux quartier juif. On finit par le repérer, dès les premiers panneaux en Hébreux. Un restaurant Casher nous le confirme. C’est l’ancien « ghetto » de la ville. Tout aussi croulant que le reste. Il y a bien sûr l’inévitable monument aux morts « vénitiens » dans les camps.
Par endroit surgissent de vastes places qui pourraient contenir des milliers de personnes. Puis des églises gigantesques mais visibles au derniers moment car coincées dans les rues minuscules. Aucunes perspectives pour les repérer.
Nous cherchons l'hôtel. J'ai repéré son emplacement via Google Earth. J'ai l'image de sa façade donnant sur un canal. Après avoir traversé des petites rues au jugé (boussole dans la tête J ) on se trouve devant la dite façade. Mais où est l'entrée "les-pieds-au-sec" ? Après avoir contourné le bâtiment, être tombé dans des impasses microscopiques dignes du chemin de traverse d'Harry Potter, nous trouvons enfin l'entrée. Nous y sommes passés devant 100 fois. Seulement, il n'y a pas de plaques signalant que c'est un hôtel…
L'hôtelier vénitien est discret…
Direction l’île de Murano célèbre pour ses souffleurs de verre. Un quart d’heure de traversée en bus-bateau. L’ile est une « Venise » microscopique. Les magasins vendant des objets en verre se touchent les uns et les autres. Ils proposent tous de la « verroterie » moche… On ramène malgré tout des souvenirs acheté chez le seul souffleur qui faisait une démonstration dans son atelier. A partir de rien et moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il a « soufflé » un vase. Je n’ai rien compris. Un peu comme un tour de magie. Les verres achetés sont signés de sa main. Preuve de l’authenticité du produit. Sinon, selon eux Made in Italie= Made in China, Seul le "made in Murano" avec signature a de la valeur pour eux. Il fait toujours aussi froid et humide. Arrêt café dans un lieu du même nom pour nous réchauffer. Le café Italien… la tasse remplit d’un doigt seulement se boit en une gorgée. Un frisson te parcours alors l’échine, puis se diffuse dans tous les muscles, le système nerveux se prend un « shoot » violent et reste en alerte pendant des heures… Impressionnant !
Au retour de Murano, nous nous perdons une fois de plus dans le dédale des rues du centre direction place St Marc. La pluie commence à tomber. Pour le moment ce n’est pas gênant. La petitesse des rues fait que nous passons sans arrêt sous les bâches de devantures.
L’eau le long des canaux effleure les trottoirs. La vague générée par le moindre bateau qui passe envahie le trottoir. Ajouté à ça la pluie qui tombe en trombe…
La place St Marc est sous l’eau, pas beaucoup, (10cm) mais ça suffit pour que les employés municipaux installent à toute vitesse les « trottoirs » sur-haussés. Ce sont ni plus ni moins des grandes tables. Les gens font la queue sur les échafaudages. Vision amusante et décalée.